Mandragore

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Prononcer le nom de la mandragore suffit à évoquer l’image de sorcières ou de plante utilisée pour des rituels de magie noire. Mythe botanique, la mandragore est en effet précédée à juste titre d’une sombre réputation, qui ne doit rien au hasard, car cette plante méditerranéenne est bel et bien maléfique… On vous dit tout !

Qu’est-ce que la mandragore ?

La mandragore fait partie des plantes herbacées de la famille des Solanacées, comme la belladone, une autre plante toxique.

C'est une plante très ancienne, dont plusieurs récits et autres traités médicinaux vantent les caractéristiques hallucinogènes plusieurs centaines d’années avant l'ère chrétienne. Une littérature antique abondante évoque, avec force détails, les délires et autres hallucinations des victimes – consentantes ou non – de la mandragore.  

Mais la Mandragora officinarum possède toutefois des vertus puisque, consommée à une dose minime, elle peut s’avérer une alliée pour l’organisme.

D’où vient la mandragore ?

Originaire de Syrie, la mandragore a été au fil des siècles identifiée en Turquie, en Palestine, en Israël, puis dans l’ensemble du Proche-Orient. Au moment de la Renaissance, certains textes la mentionnent en Europe, en Grèce et en Italie.

On ne rencontre pas cette plante en France, ni même en Corse ou dans le Sud, où les conditions climatiques lui seraient toutefois les plus favorables.

Remarque : la mandragore a une tendance à se raréfier dans son aire géographique d’origine, au Proche-Orient.

À quoi ressemble la mandragore ?

Description de la mandragore

La mandragore présente une grande différence entre sa tige, assez quelconque, voire insignifiante, et sa racine, objet de tous les fantasmes et de toutes les convoitises.

La partie aérienne de la plante est une touffe herbacée dégageant une odeur pestilentielle.

Les fleurs sont discrètes, les pétales en étoiles. Elles varient du crème au mauve. La floraison intervient de l’automne au printemps suivant. La floraison est le plus souvent annuelle, mais il peut arriver qu’un sujet fleurisse deux fois dans l’année, lorsque les conditions climatiques sont réunies (températures élevées et grand ensoleillement en particulier).

La racine est pivotante et bifide, c'est-à-dire que le pivot terminal est divisé en 2. La partie latérale du pivot peut également présenter deux pousses évoquant une silhouette masculine.

Remarque : c’ est cette particularité botanique qui a contribué à construire le mythe de la mandragore à forme humaine à 2 racines : une racine mâle et une racine femelle. L’imaginaire fécond de certains observateurs au fil des siècles (et encore de nos jours) a fait croire à la distinction de mandragore mâle et mandragore femelle par l’identification d’un sexe à l’aisselle des « jambes » du pivot, comme le montre le Manuscrit Dioscurides neapolitanus.

Origine du nom « Mandragoras »

La mystérieuse mandragore sème le trouble jusque pour les origines de son nom. Son étymologie renvoie en effet à deux origines possibles :

  • en dérivé du grec, « mandragoras » pourrait signifier « la drogue mâle » ;
  • en sanskrit, mandragore viendrait des termes « mandros » (sommeil) et « agora » (substance).

En bref : drogue ou sommeil, les deux origines possibles du mot « mandragore » attestent bien de ses symptômes narcotiques liés à la plante.

Culture de la mandragore

Sol profond et frais, terre fertile et bien drainée : voilà les conditions parfaites pour cultiver la Mandragora officinarum. Ces plantes présentent aussi un fort besoin d’ensoleillement et se plaisent dans un jardin présentant un sol rocailleux ou près d’un mur. En revanche, elle n’apprécie guère les épisodes de gels hivernaux. Pour autant, la culture de cette plante reste très accessible, même en France.

Les semis de mandragores se font en automne, juste après la stratification des graines. Une technique bien connue pour stratifier les graines consiste à les placer quelques jours ou quelques semaines dans le réfrigérateur, avant le semi. Les semences doivent ensuite être enterrées sous un demi-centimètre de terreau horticole. 

Il faut entre 4 et 8 semaines aux semis de mandragore pour germer (au mois de mars le plus souvent). Lorsque le printemps touche à sa fin, elle se met en repos végétatif jusqu’à la fin de l’été pour ne repousser qu’à l’automne, en septembre ou octobre, avant de se remettre une nouvelle fois en repos végétatif pendant l’hiver. La mandragore peut donc fleurir à 2 reprises la même année.

Lors de leurs phases de repos, les plantes perdent leurs fleurs et leurs feuilles. Un marquage à l’aide d’étiquettes s’impose pour repérer facilement leur emplacement si elles sont plantées en pleine terre dans un jardin. 

La mandragore apporte aussi des fruits juteux et comestibles (à petites doses) surnommés « pommes de chiens », dont la couleur des graines vire du jaune au brun clair. 

Quelles sont les propriétés et les utilisations de la mandragore ?

Propriétés médicinales

Pendant l’Antiquité, certains médecins l'appliquaient en onguent sur le corps de patients avant une intervention chirurgicale.

Au Ve siècle, la médecine grecque – dont Hippocrate fut le parangon - utilisait déjà la mandragora comme moyen de lutte contre la mélancolie. Théophraste, élève d’Aristote, vantait ses vertus sédatives : les racines étant conseillées pour traiter les maladies de peau et la goutte, et les feuilles pour soigner les blessures. 

Cure de vitalité et de fécondité

Pendant le moyen-âge occidental, la mandragora fut l’objet d’un rituel d’arrachage particulièrement méticuleux. Les légendes racontent que la mandragore poussait un cri lorsqu’elle était arrachée du sol, pouvant rendre un homme fou.

En raison de sa forme humaine, il était recommandé de l’arracher en réalisant des rituels magiques, les oreilles bouchées avec de la cire pour se préserver de son cri, et d’attacher la mandragore à un chien qui, en courant, emportait la malédiction avec lui. Le manuscrit de Dioscoride de Vienne livre un exemple de ces rituels magiques en illustrant une racine de mandragore attachée au cou d'un chien mort. 

Les mandragores étaient aussi cueillies par les sorcières au pied des gibets (comme le montre le tableau « Hexenszene » de David Téniers le Jeune) : la croyance populaire voulait que le sperme des pendus féconde les mandragores et apporte de la vitalité. 

Éponge soporifique

À partir du IXe siècle et jusqu’au XVIe siècle, la mandragore apparaît comme ingrédient pour fabriquer une éponge soporifique (spongia soporifera). Plusieurs recettes sont identifiées dans des textes de médecine au fil des années, l’une des plus connues étant l’antidotaire de Bamberg produite à base de mandragore, de ciguë aquatique, d’opium et de jusquiame.

Onguent des sorcières

La mandragore, ainsi que d’autres plantes de la même famille comme la belladone et la jusquiame, était utilisée en onguent par les sorcières, qui s’en enduisaient les aisselles et les parties génitales, afin d’entrer en transe et de faciliter les échanges avec les esprits.  

La mandragore présente en effet des propriétés anesthésiantes, mais également hallucinogènes et hypnotiques, grâce à la présence d’alcaloïdes psychotropes, qui permettaient aux sorcières d’enfourcher leur balai ou leur fourche pour se rendre au sabbat.

Remarque : les principes actifs contenus dans la plante migrent jusque dans le sang et peuvent lourdement intoxiquer l’organisme.

Vertus thérapeutiques

Au XVIIe siècle, la mandragore était mélangée à d’autres plantes – de la belladone, de la stramoine (datura) et de la jusquiame – pour la préparation d’un baume apaisant les rhumatismes.

La mandragore était utilisée en cataplasmes pour faciliter les accouchements et régulariser des menstruations irrégulières.

Bon à savoir : la mandragore a été très tôt préconisée pour guérir et soulager en raison de ses propriétés sédatives, anti-inflammatoires, hypnotiques et antispasmodiques.

Vertus aphrodisiaques

La mandragore posséderait des vertus aphrodisiaques incomparables. Mais cela n’est pas avéré : cette croyance relève d’un raccourci des véritables actions de la plante.

La mandragore est narcotique et hallucinogène. Elle plonge le consommateur dans un profond sommeil, rythmé par des délires sexuels. Ainsi, plusieurs textes de l’Antiquité mentionnent des récits d’insomniaques se réveillant après plus de 30 heures d’assoupissement profond avec le souvenir très marqué d’actes sexuels débridés.

Mandragore et troubles de l’érection

La silhouette anthropomorphique de la racine de mandragore a alimenté bien des croyances lui prêtant des vertus en faveur d’une libido débridée et a même été désignée comme une plante miracle pour en finir avec les troubles de l’érection.

Sa réputation d’allié d’une sexualité améliorée tiendrait surtout de la ressemblance du rhizome avec un pénis en érection.

À noter : la mandragore ne présente pas de caractère vasodilatateur, pourtant essentiel au processus d’érection.

Mandragore et fertilité

Toutefois, il n’est pas improbable que la racine de mandragore améliore la quantité et la qualité du sperme. Elle serait donc préconisée pour accompagner les couples qui ne parviennent pas à procréer.

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